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mardi 5 juillet 2016

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Finesse

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Les Allures de finesse


Comment marche un voilier et comment fait-il pour remonter au vent ? Ici on parlera de rideaux de douche, de parapluies et de « lift », afin de mieux comprendre comment le voilier peut remonter au vent.

Autrefois au temps de la grande marine à voile, les voiliers avec leurs voiles rectangulaires, ne pouvaient avancer qu’avec le vent venant de l’arrière, c’est ce qu’on appelle les « allures portantes » ; les voiliers sont simplement poussés par le vent. Aujourd’hui les voiliers modernes peuvent aussi remonter le vent jusqu’à quasi 35 degrés de la direction du vent apparent ; c’ est ce qu’on appelle « les allures de finesse » ; ici le vent soufflera en direction inverse de la marche du navire et pourtant c’ est lui qui fait avancer le bateau, à contre sens... Comment donc cela est-il possible ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Rideaux de douche et parapluies.


Nous connaissons tous cette situation désagréable :

On prend une douche, le savon tombe au sol, on se baisse et le rideau de douche bien froid vient se coller à notre dos. Comment cela se fait-il ? Pourquoi notre dos recourbé agit-il comme un aimant et aspire le rideau. Comprendre cela nous permettra de mieux comprendre ces allures de finesse et la manière de régler les voiles. En fait l’eau qui coule de notre douche entraîne de l’air et ce flux, en passant sur mon dos arrondi est dévié par celui-ci et forme une belle courbe, l’autre partie du flux passant par mon côté avant, tombe (disons) tout droit verticalement donc le flux se divise en deux itinéraires la courbe de mon dos (un long itinéraire) et un autre plus court car allant tout droit et ce flux se rejoint à mes pieds où il arrive schématiquement au même moment. Il fallait donc que le flux courbe s’allonge (puisque son chemin est plus long) Pour ce faire les molécules s’écartent d’avantage (en fait ça devient moins dense) et donc une dépression se crée… c’est cette dépression qui va sucer le rideau de notre douche. (J’ai fait comme si le flux n’était que de l’eau en réalité il se compose d’air et d’eau et c’est surtout l’air qui se décomprimera en passant sur la courbe), j’ai aussi fait comme si j'avais le ventre plat.


Le même phénomène se produit lorsqu’on se promène avec un parapluie un jour où il y a du vent. Le vent souffle horizontalement mais le parapluie tire verticalement vers le haut : Il s’agit du même « effet Bernoulli », qu’on appelle aussi le « lift ». C’est d’ailleurs ce qui permet aux avions de voler, mais ça c’est une autre histoire.

Examinons un peu quelles sont les conditions qui permettent de créer cette dépression. Il faut que le flux (le vent) s’écoule le long de la courbe du profil (la voile) sur la plus grande distance possible; c’est ce qu’on appelle un écoulement laminaire, par lequel les filets de vents semblent collés au côté externe de la voile (l’extrados), le côté sous le vent.
A présent que nous comprenons cette théorie, voyons en pratique comment régler la voile.
Réglage du génois ou de la voile avant.
Ah ! Si l’air était coloré et qu’ on pouvait voir les filets d’air tourbillonner sur la surface de nos voiles, on aurait vite compris qu’il n’y a que peu d’écoulement laminaire et qu’il faut border (tirer sur l’écoute) notre voile. Mais il n’ est pas possible de bien colorer le vent, on va avoir recours a un autre stratagème : les penons.

Penons (ou faveurs)

Je ne sais pas quel régatier a eu cette idée géniale de poser sur la voile des petits fils ou des rubans à des endroits stratégiques afin de pouvoir visualiser le flux d’air. S’ il fallait supprimer tous les cadrans et instruments d’un voilier, pour n’ en garder qu’ un seul, ce seraient ces fameux penons.
On les fait en divers matériaux : fil à tricot (jamais de la laine qui colle une fois mouillée). Pendant tout une époque j’utilisais les bandes magnétique de vieilles musicassettes, mais c’était plus par snobisme ou goût de l’ originalité, car elles aussi se collent aux voiles mouillées et en plus durcissent et deviennent cassante au soleil. La meilleure des matières est la toile de spi, on en trouve en demandant gentiment à un maître voilier de sortir une chute de sa poubelle. Celles qui ont des petits carrés sont les plus pratiques a couper droit. Il suffit alors de faire quelques bandes de 50x1cm et nos penons sont près à être posés.
Il en faudra 9 pour un génois à enrouleur et 3 ou 4 pour la GV. Les plus importants étant ceux du génois. On les pose a une cinquantaine de cm à l’arrière de l’étai et au quarts de sa hauteur (c’est à dire à 1/4, 2/4 et 3/4). on répétera l’opération de sorte à ce que les penons soient à 50cm sur l’arrière de la voile enroulée à chaque position de ris pour l’enrouleur. Personnellement je traverse la voile avec une aiguille et passe le penon au travers de la voile et le fixe avec du ruban autocollant pour spi.





Réglage du génois ou de la voile d’avant.

On ne regardera que les penons situés à l’avant. Commençons par celui du milieu de la hauteur. On est au près, on choque la voile en grand et on voit le penon aller dans tous les sens, car en fait l’air tourbillonne le long de la voile. On commence à border progressivement et on observe le penon du milieu sous le vent, que l’on voit par transparence de la voile. Petit à petit celui-ci va venir se coller à la voile et pointer vers l ‘arrière du bateau, le moment où cela de produit est exactement le bon réglage de l’écoute. On observera en même temps que le penon intérieur suit un peu le mouvement.

Le twist.

Si, comme dans les manuels, votre voile est bien coupée et que l’écoute fait un angle de 45 degrés avec le bas de votre voile, les trois penons, en haut au milieu et en bas, pointeront également vers l’arrière, vous ne toucherez plus à rien. Mais si par contre celui du haut n’était pas assez bordé, il faudrait avancer le point de tire de l’écoute de foc (chariot sur un rail). Si c’était le cas du penon du bas, on reculera le chariot. On peut donc, à l’aide du chariot border sélectivement le haut ou le bas de la voile. La voile est en effet vrillée à la façon d’une hélice, c'est ce qu’on appelle le « twist »(mot anglais signifiant « torsion »).

L’exception.

En suivant ce qui a été dit précédemment, vous aurez dans la plupart des cas une bonne allure. Mais parfois on va intentionnellement « mal » régler ses voiles. Par exemple, lorsque le vent forcit, on pourra, plutôt que de réduire immédiatement la toile, reculer le chariot pour que le haut de la voile porte un peu moins. En effet le haut de la voile a un couple de gîte plus important que le bas ; autrement dit il faut moins de force pour faire gîter un bateau en appuyant sur le haut du mat que sur le bas.

La dérive.

Afin de simplifier, mon explication ci-dessus, j’ai intentionnellement omis de voir ce qui se passait sous l’eau et, pourtant, cela a une importance essentielle. En effet, si on avait une planche de bois avec un mat et des voile la belle dépression de l’extrados ne ferait rien d’autre que de faire incliner notre esquif et de le faire dériver latéralement. Nos bateaux sont fait différemment : ils ont une quille lourde qui réduit la gîte, un gouvernail qui permet d’orienter la « dérive » et une surface mouillée. Tout cela offre une résistance au déplacement latéral et comme le bateau est pointu devant, il lui est plus facile d’aller dans cette direction que vers l’arrière. Je vais vous révéler un secret : en fait les filets d’eau sur la quille (et le reste) fonctionnent exactement comme les filets d’air sur les voiles et dès lors plus le bateau va vite plus grand est sa résistance à la dérive. Autrement dit,il fera un meilleur près et dans le petit temps le bateau marchera en crabe.

A présent vous en savez un peu plus sur les allures de finesse et le règlage des voiles. Il y a beaucoup plus, mais ça c’est l’expérience qui vous l’enseignera. Rappelez-vous : IL n’y a pas de bons marins, il n’y a que des vieux marins. (on prèche pour sa chapelle n’est-ce pas.






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